Eunolies

Aujourd’hui, pas de chronique musicale. Parlons littérature!

Sans vouloir être chauviniste, on peut dire sans fausse modestie que la France a sûrement été un des pays les plus novateurs au monde dans le milieu du Black-Metal juste derrière les machines Scandinaves. A ce titre, comment se fait-il qu’aucun livre ne soit sorti dans la langue de Metallian sur cette douce musique? Pendant des années, nous nous sommes contentés de (l’excellent) Lords Of Chaos
, œuvre référence sur les années noires du Black-Metal (c’est à dire les plus historiquement importantes).

En voulant me commander l’excellent bouquin de Dayal Patterson , “Black-Metal Evolution of the Cult“, je suis tombé sur le livre dont nous allons parler ici : “Eunolies Légendes du Black Metal“, sorti aux éditions MF en 2003, réédité en 2009. Il faut savoir que la première édition avait un titre différent et s’intitulait “Eunolie, Conditions d’emergence du Black Metal”. Si je précise cela, c’est qu’il faut bien se rendre compte que l’ouvrage se présentait plutôt comme un essai sociologique que comme un bouquin d’histoire de la musique. Je suppose que le premier titre faisait trop mémoire de fin d’études et qu’il aurait peut-être eu du mal à trouver son public.

Il faut savoir aussi que le mot “Eunolie” m’intriguait. J’ai mis un certain temps à comprendre que ce mot dérivait de “Unholy” – terme sur-utilisé dans le BM -, quant à sa “francisation”, l’explication se trouve dans le livre. De néologismes, il en est beaucoup question dans l’ouvrage. Il faut savoir que Frederick Martin (l’auteur donc) manie la langue de Molière avec une certaine poésie, et l’ouvrage est des fois compliqué à lire, certaines lourdeurs des tournures de phrases rendant certains paragraphes indigeste (n’est pas James Joyce qui veut, même si l’on sent bien que Frederick Martin a du lire Finnegan’s Wake un certain nombre de fois)

Mais quel est donc le contenu de ce livre qui paraît mystique? Ce “Black Book” comme il nous est indiqué. Un album de black metal avec des mots. Avouons-le : je reste perplexe. Les analyses philosophiques et sociologiques qui ont été à l’origine du BM sont très intéressantes, voire passionnantes. Mais finalement ce ne sont que de petites parties du livre (le chapitre 1 sur la Norvège évidemment, et les 4 dernières pages “Petite philosophie du mal”)  Il y a un chapitre d’étude musicologique sur DarkThrone qui, si elle peut prêter à rire, est assez inédite dans le genre. On sent que l’auteur est musicien, qu’il a une forte connaissance de la musique classique, surtout de la musique sacrée, qu’il a un penchant pour Palestrina et qu’il sait de quoi il parle en tant qu’analyste musical.

Mais le reste ressemble à un catalogue. Je m’explique : les chapitres sont divisés par Pays, et dans chaque pays l’auteur nous présente des groupes et écrit un texte assez succinct sur chacun de ces derniers. Alors évidemment, on apprend des choses sur certains groupes “cultes” et d’autres plus underground, mais non moins importants.

Et dans ce catalogue d’artistes, je suis parfois étonné par le choix de Martin, et surtout par rapport à son article sur les groupes français. Mütiilation à peine évoqué? Rien de plus sur LLN? Aimés, détestés, controversés, pour un ouvrage sorti dans notre pays, je trouve inconcevable de faire l’impasse sur Les Légions Noires. Le meilleur texte écrit sur eux reste et restera celui de Dayal Patterson dans son ouvrage. C’est aussi ce qui fait défaut dans “Eunolies” : le manque d’objectivité. Frederick Martin a un avis très tranché – souvent juste, parfois faux – sur certains groupes, mais le style n’a rien de journalistique (et ce n’était sûrement pas son intention de faire de son ouvrage un article pour le monde – mais quand même). Le jeu de mot sur Dimmu Borgir qu’il appelle “Dummy Burger” est lourdingue et revient plusieurs fois dans l’ouvrage – C’est un exemple parmi d’autres.  Beaucoup de coquilles viennent gâcher la lecture – on sent que le livre n’est pas passé au comité de relecture chez l’éditeur), et je reprocherai aussi deux chapitres absolument inutiles (traduction de paroles de chanson et la liste de groupes par pays)

La question est : “Eunolies Légendes du Black Metal” est-il un livre indispensable pour les fans (ou pas) de BM? La question est difficile. Les ouvrages en français sont si pauvres qu’il est un précurseur en la matière. Il n’est pas exempt de défaut, mais ses qualités sont là, et sont indéniables. Rien que pour cela, c’est un livre qu’il faut avoir dans sa collection, mais qui n’arrive pas à la cheville de Lords of Chaos ou de Evolution of the Cult (et je le redis encore une fois, ce n’est pas ce que l’auteur cherchait à faire)

Pour se faire une idée, je vais dire un cliché, mais il faut le lire!

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